Court métrage - 2026 - 14 minutes - Fiction - Argentique - Film photographique - Noir & blanc - Format 1.37:1 - Stéréo - DCP 4K - VO français sous-titré anglais
Synopsis
Gratte-ciel gigantesques, asphalte brûlant, plein été, circulation ininterrompue, rumeur de la ville. Une voiture se gare devant l’entrée d’un immeuble imposant. Une robe noire, chignon et talons hauts, distinguée, comme peut l’être une femme d’affaire, c’est Claire. Requin de la finance estampillée La Défense, Claire Michelet a été envoyée à Montréal pour redresser une entreprise colossale en perte de profit. Un matin, elle cesse simplement de se rendre au bureau, faisant sombrer son élégance dans une paresse agréable, l’oisiveté la plus totale.
Robot
« May slides into June which slides into July which creeps toward August » American Psycho, Bret Easton Ellis
Claire à Montréal est une histoire intemporelle, d’une personne ancrée dans un système, engoncée dans un rôle, aspirée par l’ascension professionnelle et la réussite sociale. Claire, l’héroïne de ce conte, est téléportée d’un quartier d’affaires à un autre, de Paris à Montréal. Ce changement de paradigme culturel va entraîner le bouleversement de sa vie de femme d’affaires et l’enfouir doucement dans une paresse agréable et subversive. Entièrement en noir et blanc, cette fable s’imprime sur des photos argentiques, qu’une voix-off surplombe de son omniscience.
L’antre du business
L’aliénation au travail, l’enfermement dans la routine, le vide des journées identiques, le réveil et le coucher comme extrémités d’un néant. C’est autant Playtime de Jacques Tati que le roman American Psycho de Bret Easton Ellis et son adaptation éponyme par Mary Harron qui sont interpellés ici pour rendre compte de l’absurdité de cette vie factice et chronologiquement détraquée, où le temps semble à la fois suspendu et étiré à la nausée : la vie au bureau. Claire est une tueuse, un requin, envoyé à Montréal pour apprendre le sens du mot « affaire » à ses équivalents québécois. Armée de sa mallette et de ses talons hauts, elle arpente les couloirs d’une aura d’assurance et de ce flegme élégant que seul un chignon parfait et blond peut faire valoir. Des couloirs blancs, des escaliers qui s’imbriquent et s’empilent jusqu’à des plafonds célestes, des portes d’ascenseurs qui s’ouvrent et se referment en continu, des bruits de chaussures vernies qui claquent, des rumeurs lointaines et indistinctes. Claire déambule dans cet endroit quasi irréel, laissé aux mains d’un dieu esthète et mercantile. Elle traverse ce lieu comme un fantôme, l’argentique accentuant le côté évanescent en capturant des passages de Claire en mouvement. Le gris de la pellicule enferme tout à fait Claire sous une chape de plomb, tandis que le grain l’inscrit dans une époque incertaine et pourtant absolue. La monotonie intemporelle d’éternelles réunions, de rencontres, d’appels, de serrages de main et de rendez-vous que la photographie finit d’achever dans leur vanité, telles des natures mortes. La fixité, l’accentuation du cadrage seront de mise dans ces parties offrant l’entreprise comme un imaginaire glacé de publicité. La transformation des êtres en statue nous les rend soudainement quasi emblématiques, comme des symboles, comme des chimères. Inscrivant cette histoire individuelle en une épopée universelle.
De la chaleur sur les corps métalliques
Le caractère hypnotique et lancinant de cette vie robotique composée de structures métalliques, de machines huilées et de traversées de couloirs est parachevé par le travail du son et par le rôle essentiel de la musique. La chanson « Office space » de Princess Demeny incarne cette froideur bureaucratique aliénante, tout comme les titres expérimentaux de Gloin. La musique tient une place prépondérante dans mon film, n’ayant choisi que des artistes canadien.nes pour parfaire l’immersion dans cette culture. Soulignant à la fois l’appartenance de Claire au monde robotique, la musique vient aussi comme annonce de sa potentielle liberté, son intériorité bouillonnante, volonté sourde de s’extraire de ce carcan trop brillant et encombrant. D’autres chansons du groupe Fresh Wax viendront faire disjoncter la machine, avec des titres comme Robot sex doll ou bien No Choice de Belly Hatcher. Le punk s’impose autoritairement et impérieusement, comme s’il s’agissait de la ville de Montréal elle-même, venant s’exhiber à Claire comme une possibilité, lui faisant miroiter le caractère alternatif que cette ville recèle et qui la fera bientôt chanceler. En s’éloignant du centre-ville composé de gratte-ciel et de béton, Claire rencontre l’autre Montréal, celui qui invite les humains en son coeur, dans ses entrailles.
Le Droit à la paresse
Lorsque je suis arrivée à Montréal en début d’été 2023, je venais de quitter Paris et j’ai connu un véritable vertige. Je venais pour la première fois en Amérique et tout m’apparaissait démesuré, loin de tout, l’air était pollué par les incendies et le ciel était jaune. J’arpentais la ville, j’allais à des concerts, la nuit, je marchais dans les parcs. Après quelques temps un basculement s’est opéré. L’inspiration est venue, c’est comme si cet endroit faisait disparaître les interdits, les tabous, les doutes. Tout était possible et c’est ce que j’ai voulu insuffler dans mon film. La traversée de l’Atlantique, la perte de repères puis l’envolée vers une liberté infinie.
Cécile Herreman - avril 2026
CLAIRE MICHELET : CLAIRE-ANNA DESHAIES
CONTEUR (VOIX OFF) : LAURENT PONTY
SCÉNARIO & RÉALISATION : CÉCILE HERREMAN
PHOTOGRAPHIE : SAMUEL COGRENNE
MONTAGE : PAUL DESMAZIERES
ASSISTANT MONTAGE : BENJAMIN TEBBACHE
SUPERVISATION MONTAGE : JOSEPH COMAR
MONTAGE SON : TRISTAN SOREAU
MIXAGE : LUCIEN RICHARDSON
ENREGISTREMENT : FRANÇOIS NAVARRO
VFX : ANDY ALVINO
ÉTALONNAGE :
COSTUMES : ANNA CAVALLI
COIFFURE & MAQUILLAGE : CHARLES TRICOT
SCRIPTE : LOUISE VAN DRITTS
RÉGIE : FELIPE MARCUZZO, SOULEIMEN SAIDI
TRADUCTION & SOUS-TITRES : GEORGE HERREMAN
DCP & MASTERING : HORTENSE BOUENARD
PRODUIT PAR : SYLVAIN MAUGENS (COBALT FILMS)